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La Capoeira histoire de la capoeira

HISTORIQUE DE LA CAPOEIRA


1.    Un bref historique de l’esclavage au Brésil

Pour comprendre la capoeira il est important de connaître la chronologie de son émergence. En effet l’histoire de la capoeira est intimement liée à l’histoire du Brésil et notamment à l’histoire des peuples soumis en esclavage.

Il y a plus de cinq siècles, une expédition de treize navires portugais partit de Lisbonne en direction des Indes Orientales. Après environ quarante-cinq jours en mer, le 22 avril 1500, l'expédition portugaise commandée par le navigateur Pedro Alvares Cabral aborda une terre qui fut appelée l'Ile de Vera Cruz. Ce n’était en réalité pas une île mais le futur « Brésil ». Les premières expéditions d'expansion du territoire partirent des "Capitaineries" de Sao Vicente, Pernambuco et Bahia. L'objectif de ces expéditions, appelées "Bandeiras" (drapeaux) était essentiellement la recherche de minéraux et la capture d'esclaves indiens. Ces expéditions étaient menées par les "Bandeirantes", appelés aussi "chasseurs d'indiens". De nombreuses batailles livrées par les indiens contre les "Bandeirantes" n'ont pas empêché leur capture en grand nombre. Très rapidement, les cultures se développent, notamment la culture de la canne à sucre. Pour mener à bien l'exploitation des terres, de riches colons réduisent des hommes à l'état d'esclaves. D'abord, ils commencent par les indiens mais ceux-ci vulnérables aux maladies européennes et ne supportant pas le sentiment de privation de liberté ne résistent pas à ces conditions de vie.

Dès 1530 les colons portugais font appel à de la main d’œuvre étrangère pour cultiver ces terres, notamment pour le commerce de la canne à sucre. Le Brésil fut l’une des destinations finales pour de nombreux noirs capturés en Afrique. Ces peuples venaient de différentes régions d’Afrique. Les peuples Bantu (Angola), Nago, Gege et Yoruba furent déportés en grand nombre. Les portugais pratiquèrent la traite principalement en Afrique de l’ouest : en Angola, en Guinée et vers la côte sous le Vent, appelée aussi côte des Esclaves, de l'embouchure de la Volta à celle du Niger.

Illustration1 : Carte du commerce triangulaire entre trois pôles : l’Europe (le Portugal), l’Afrique, le Brésil

Les populations noires jouèrent un rôle important dans le développement économique du Brésil, pendant la période coloniale et après l’indépendance.
Les esclaves noirs, achetés en Afrique, traversaient l’Atlantique dans des conditions terribles à bord des « navires négriers ».

La traversée durait plusieurs mois. Les esclaves étaient enchaînés au-dessous du pont toute la journée et toute la nuit à part de brèves périodes d’exercices. Ils étaient entassés dans la saleté, la puanteur et la mort. La mortalité sur les bateaux atteignant sans doute 15% de la cargaison.
Le nombre d'esclaves importés n'étant pas très important au début, il n'apparut pas nécessaire de définir leur statut légal. Avec le développement du système de plantations dans les colonies du sud au cours de la seconde moitié du XVIIème siècle, le nombre d'Africains importés pour servir d'ouvriers agricoles augmenta considérablement et les grandes villes côtières comme Rio de Janeiro, Recife et Salvador devinrent de grands ports négriers.
Dans l'ensemble, dans les colonies du Nord, les esclaves étaient utilisés à des tâches domestiques et dans le commerce, dans les colonies du centre ils étaient davantage utilisés dans l'agriculture, et dans les colonies du sud où dominait l'agriculture de plantations, presque tous les esclaves travaillaient dans celles-ci.
Les droits humains fondamentaux étaient le plus souvent bafoués. Les femmes esclaves étaient exposées en permanence au viol par les patrons et les familles étaient souvent dispersées, leurs membres étant vendus dans des plantations séparées. Les mauvais traitements comme la mutilation, les brûlures, l'enchaînement ou le meurtre, en théorie interdits par la loi, n'étaient pas choses rares jusqu'au XIXème siècle. Du XVIIème au XIXème siècle, on estime de 15 à 30 millions le nombre d'Africains déportés dans le Nouveau Monde par les Européens, avec l'appui des chefs locaux des royaumes africains.


Illustration2 : Conditions de voyages des esclaves durant la traversée de l’atlantique pour se rendre au Brésil


Illustration 3 : Dessin et coupe du navire négrier le "Brookes" construit pour le trafic des noirs.
Conçu pour contenir 450 nègres, il en a souvent transporté plus de 600. (1822)


Les esclaves étaient vendus par les chefs des tribus ennemies ou comme en Angola les portugais envahirent les campagnes et séquestraient ce qu’ils appelaient « les pièces d’Inde ».
Il est intéressant d’analyser le concept de “race” et de “nation”, à l’époque ces concepts européens étaient faussement utilisés pour analyser le continent africain. Cette question est intéressante du fait que de nombreux noirs africains travaillaient dans le commerce d’esclaves. Devons nous alors penser que des compatriotes asservissaient d’autres compatriotes ? Ce n’est pas réellement de cette manière que les choses se déroulaient.

L’Afrique vivait une série de conflits ethniques, ou dans un endroit où la vision européenne voyait une “nation”, il existait en réalité divers groupes ethniques qui furent de nombreuses fois des ennemis féroces qui également pratiquaient communément l’esclavage dans leur société. Mais le commerce des esclaves pratiqué en dehors du continent était autrement sans comparaison de par sa violence et son inhumanité.

Les estimations chiffrées de l’historien Taunay témoignent de l’ampleur de ce commerce. Il a calculé que 3 600 000 esclaves africains seraient arrivés au Brésil entre le XVIe et le XIXe siècle : 100 000 au XVIe siècle, 600 000 au XVIIe siècle, 1 300 000 au XVIIIe siècle et 1 600 000 au XIXe siècle.

La période la plus intense de l’esclavage fut entre 1825 et 1850.

Au port de Rio de Janeiro furent introduits :
- 20 852 esclaves en 1821
- 17 003 esclaves en 1822
- 20 610 esclaves en 1823

Près de 700 000 esclavages auraient débarqués à Rio entre 1790 et 1830.

Originaires de régions différentes, ils se trouvaient à divers niveaux de civilisation et de culture. Les Soudanais musulmans étaient plus avancés que les autres groupes ; ils prendront par la suite la tête des mouvements de rébellion et créeront les communautés d’esclaves marrons appelées quilombo. D’autres groupes, moins avancés, en étaient encore au stade du fétichisme avec une structure familiale très rudimentaire. Les esclaves débarquaient dans les ports de Rio de Janeiro, Salvador, Recife et São Luis, où ils étaient entassés dans des baraques en attendant d’être vendus. Les prix dépendaient de leur destination : les esclaves affectés aux mines, qui devaient être jeunes, forts et en bonne santé, coûtaient plus cher.

Lorsqu’ils arrivaient, les maîtres des plantations veillaient à ne pas acheter trop d’esclaves venant de la même tribu et parlant ainsi le même dialecte afin de minimiser la communication entre eux et éviter l’organisation de rebellions. Ils étaient séparés et mélangés entre tribus différentes. Le but étant de casser les identités sociales et de forcer les noirs à parler portugais, à perdre leurs cultures et leurs traditions puis plus tard se convertir au catholicisme.

Illustration 4 : Marché aux esclaves à Rio de Janeiro, peinture de Rugendas


Ils étaient choisis comme des animaux pour la qualité de leurs dents et de leur force physique, forcés à travailler sans repos, souffrant des coups de bâtons et dormant dans les "senzalas".

Illustration 5 : senzala


Les liens qui liaient les maîtres de plantations et les esclaves étaient seulement un lien de propriété.

Les propriétaires leur affligeant alors les pires traitements.

A ce sujet, Areias (1996, p. 11) affirme: travaillant sous un régime de soleil à soleil (durant toute la durée du jour), commandés par les chicotes des feitores, ils rasaient les forêts, préparaient la terre, plantaient la canne et produisaient avec l’aigreur de la souffrance le sucre douce richesse de leurs propriétaires.

Il ne leur était permis ni d’utiliser d’armes (de n’importe quel type) ou de pratiquer une activité de défense personnelle à travers laquelle les propriétaires voyaient un risque pour leur sécurité.

2.    Capoeira étymologie et origine

Actuellement les chercheurs sont quasi tous unanimes sur l’étymologie du mot capoeira.

Caà signifiant forêt, puêra signifiant qui fut et n’existe plus.

Ces mots sont d’origine tupi-guarani langue originellement parlé au Brésil par les indiens.

Une origine controversée

La discussion est interminable: investigateurs, folkloristes, historiens et africanistes cherchent encore les réponses à des questions comme :

-la capoeira est-elle une invention africaine ou brésilienne?

-Serait-ce une création de l’esclave désireux de liberté?

-Ou une invention indigène?

Les opinions s’inclinent pour le coté brésilien.

Voici quelques exemples:

Dans le livre, L’art de la grammaire de langue plus utilisée au Brésil, du prêtre José d’Anquieta, édité en 1595, on écrit que “les indiens Tupi-guarani s’amusaient jouant la capoeira”;

Dans son livre, La musique au Brésil, Guilherme de Almeida défend que les racines de la capoeira sont indigènes.

Le navigateur portugais Martim Afonso de Sousa a observé quelques tribus jouant la capoeira; finalement, le mot “capoeira” (prononcé CAÁPUÉRA) est Tupi-guarani et signifie “bruyère rasée”, ou “bruyère qui a été coupée”.
Dans un travail publié par le magazine Xérox du Brésil, le professeur autrichien Gerhard Kubik, anthropologue, membre de l’Association Mondiale de Folklore et un profond connaisseur du monde africain, s’est étonné “que le brésilien l’appelle capoeira d’Angola, quand il n’existe rien de semblable” à cet endroit.
Le studieux Waldeloir Rego, qui a écrit ce qui a été considéré le meilleur travail sur ce jeu, défend lui aussi la thèse d’une capoeira créée au Brésil.

Brasil Gerson, historien des rues de Rio de Janeiro, estime que le jeu est né dans les marchés, où les esclaves arrivaient avec un panier d’oiseaux (“capoeira” en portugais) posé sur leurs têtes, et, en attendant d’être reçus, jouaient, simulant des luttes - de là serait née la vraie capoeira.
Antenor Nascente dit que la lutte de la capoeira est liée à l’oiseau Uru (odontophorus capueira-spix), dont le mâle est très jaloux et combat violemment le rival qui ose pénétrer dans ses domaines (les mouvements de cette lutte ressemblent à ceux de la capoeira).

Finalement, Câmara Cascudo affirme que la capoeira a été “apportée par les Banto-congo-angolais qui pratiquaient des danses liturgiques au son d’instruments de percussion”, se transformant en lutte au Brésil, dû à leur nécessité de se défendre.

Une autre hypothèse défendue est celle d’une lutte venue d’Afrique, la pratique de la capoeira serait arrivée au Brésil à travers les esclaves.

La capoeira puiserait son origine dans une danse guerrière des guerriers Bantu d’Angola appelée danse du zèbre ou N’golo.

Les guerriers s’affrontaient originairement dans le but de gagner la main de la fille de leur choix. Les familles souhaitant avoir un guerrier dans leur famille proposaient à cette occasion leurs filles en mariage.

On observe dans des régions du monde très diverses qui furent soumises à l’esclavage d’intéressants points commun, le moringue de la Réunion, le damier de la Martinique ou le Ladja de la Guadeloupe présentent de grandes similitudes qui seraient dues à cette origine commune.

Les esclaves dans les senzalas, n’avaient pas le droit de posséder des armes.

Ainsi perpétuant leur traditions d’Afrique et mélangeant les diverses influences africaines (mouvement de danse, acrobaties, façon de bouger, chants, musique...) et pour tromper la vigilance des maîtres des plantations les esclaves déguisèrent en danse cet entrainement à la lutte.

Les maîtres et les surveillants, à les voir, n'imaginaient pas le danger que représentait cette danse et qu'elle cachait toute la révolte et le désespoir des esclaves.

Les conditions de captivité étaient très difficiles et en cas de conflit les maîtres n’hésitaient pas à faire usage de leurs armes, ainsi les coups avaient pour intention la mort directe de l’adversaire : asphixiant, bicouda, ponteira, rabo de arraia …

Seul un petit nombre de mouvements étaient entrainés.

Selon le professeur Mola (groupe Muzenza) « les esclaves n’avaient ni le temps ni l’intention de développer ou de s’entrainer à la danse ou a une capoeira qui serait esthétique, victimes de nombreuses injustices (parfois leurs femmes ou leurs filles étaient emmenées par les seigneurs des plantations pour être violées par exemple…), le style de leur ginga par exemple leur importait peu. Ils passaient donc leur vie à entrainer environ sept coups, ces coups étaient donc très bien maitrisés et très dangereux. Aujourd’hui encore ils sont entrainés mais leur application est rare et cause de lourds traumatismes et parfois la mort (notamment les ponteiras (coup de pied avec la pointe du pied dirigé vers l’abdomen), ou le bicoude (coup de pied vertical grande vitesse remontant vers le menton de l’adversaire). »

C'est toute une population d'exilés aux origines différentes qui va se lier et s'unir pour développer cette pratique et lutter pour leur liberté, les cultures se mélangent et la capoeira se développe, lutte faite de coups de poings, de coups de pieds et de violence.

Illustration 6 : Le peintre Rugendas est le premier à décrire en 1830 la Capoeira.
Ici, deux noirs jouent dans un marché.

On remarque que sur cette peinture le berimbau, instrument aujourd’hui hautement caractéristique de la capoeira n’est pas présent. Ce n’est qu’en 1900 que le berimbau, instrument venu d’Afrique dans le même temps que les esclaves rythme les « jeux » de capoeira. Jusqu’alors seul l’atabaque, appelé également tamboril était utilisé. Le berimbau prit diverses fonctions comme l’annonce de la venue de la police ou d’un nouveau capoeiriste dans la roda (Filho, Geraldo Costa (maître Gêgê).

Une des causes qui contribua à rendre difficile la connaissance de l’origine de la capoeira fut l’incendie d’une grande documentation de la bibliothèque de Rio de Janeiro commandité par Ruy Barbosa ministre de la fazenda dans la volonté d’effacer les traces de l’histoire noire au Brésil.

Avec l’abolition de l’esclavage, les esclaves étaient en droit de recevoir une compensation financière, ce qui aurait été un grand problème pour l’économie brésilienne.

3. Une pratique réprimée

Depuis toujours la Capoeira fût réprimée. D'abord par le système esclavagiste et les patrons des esclaves, qui leur interdisaient dans un premier temps de s'entraîner au combat mais aussi toutes pratiques artistiques ou culturelles d'origine africaine (en effet le candomblé, la samba....on été pendant longtemps interdits), puis par la police et la loi qui interdisait la pratique de capoeira, sous peine d'emprisonnement et de maltraitance. En 1626 sous les ordres de Filipinas, s’organise une police à Rio de Janeiro (grand centre d’arrivée d’esclaves d’Afrique) munie d’instruments juridiques laissant libre la police de suivre ses instincts « massacrant à bon ou mauvais choix les capoeiras qui étaient rencontrés provoquant ou non le trouble, l’ordre était le massacre » (maître Gêgê, Rio de Janeiro).

Dans les années 1800, le mot "capoeiragem" apparaît dans les registres de la Police de Rio de Janeiro. A cette époque, le roi du Portugal, Dom João VI, avait fuit l'Europe et s'était réfugié au Brésil. Rio devenait alors la Capitale de l'empire portugais. C'est pourquoi les lois et la répression furent encore plus sévères qu'ailleurs.

C'est aussi à cette époque que la plus importante quantité d'esclaves fût importée au Brésil.
Pendant cette période les exploitations se développent, et les marchés agricoles deviennent très importants. Ces marchés deviennent des lieux de rencontre pour les noirs, des lieux d'échange culturels et de transmission de connaissances. La culture afro-brésilienne se développe, s'enrichit...et la Capoeira avec.

Jusqu'alors, aucune loi n'interdit sa pratique, mais les capoeiras sont persécutés. Déjà à l'époque des bandes sortent de temps à autre dans les rues pour semer la confusion sur le territoire d'un autre groupe et lutter contre de nouveaux adversaires.

Avec le temps les portugais découvrirent le pouvoir fatal de cette lutte et l’interdirent. La capoeira fut persécutée à feu et à sang. La pratique de la capoeira était clandestine, les seigneurs de l’ingénu la réprimèrent de façon véhémente soumettant à de terribles tortures ceux qui étaient pris la pratiquant. Ces jeux de lutte et de dextérité corporelle pratiqués par des Nègres et des Mulâtres, esclaves ou libres, inquiètent les autorités. La première mention officielle de la capoeira fût faite lors de l'enregistrement d'une arrestation.
En effet le 25 avril 1789, Adão, métis esclave fût accusé d'être "capoeira".

A partir de ce jour et pendant plus d'un siècle, la Capoeira et sa pratique furent un motif d'arrestation

Le noir au moindre signe de rébellion était fouetté et battu, sur sa blessure de l’urine, du sel et du citron étaient versés.

Certains esclaves arrivaient à s’échapper des plantations où ils étaient esclaves pour se réfugier dans les quilombos, zones de la forêt amazonienne où d’autres esclaves échappés avaient fuit.

En 1597, quarante esclaves ont fuit en une seule fois dans une plantation du sud de Pernambouco et armés de foices et cacetes massacrèrent la population libre de la fazenda. Sachant qu’ils allaient être furieusement recherchés un par un ils continuèrent leur chemin.

Illustration 7 : Carte du Brésil avec localisation du quilombo de Palmares.


Palmares fut le plus grand quilombo enregistré dans l’histoire brésilienne, il commença à se former aux alentour de 1630 dans l’actuel Alagoas et résista à diverses attaques jusqu’à 1694. Il fonctionnait comme une république, dans laquelle ses leaders acceptaient leur commandant suivant ses qualités de chef. Un des héros rebelles, Zumbi, s’est érigé en figure légendaire de la lutte contre l’esclavage ; il fut arrêté et exécuté en 1695.

En 1822 est proclamée l’indépendance du Brésil par Pedro 1er sous la pression indépendantiste et la contagion libérale espagnole.

En 1830 un premier décret impérial interdit officiellement la pratique de la Capoeira. Officieusement, la répression de la Capoeira avait déjà fortement commencé avec l'arrivée à la tête de la guarda real de policia, de Miguel Nunes Vidigal en 1821.
Bien qu’étant réprimée les forces armées brésiliennes font appel aux « forces capoeira », de 1864 à 1876, le Brésil et l'Argentine attaquent le Paraguay.

A Bahia le fait de pratiquer la capoeira, la capoeiragem, fut désorganisé par l’éminence de la Guerre du Paraguai et tous ceux qui furent pris a ne rein faire (vadiacao) de la capoeira était envoyé en ligne de front de la guerre de 1864. Les capoeiras deviennent alors subitement utiles au gouvernement brésilien. En effet l'armée brésilienne sera alors composée entre autres, de bataillons de capoeiristes et de nombreux capoeiras seront désignés volontaires pour aller mourir pour la Patrie. Les rescapés ayant leur liberté assurée à leur retour.

Voici quelques détails au sujet de la guerre du Paraguay :

Edison Carneiro écrit "les Maltas de Bahia furent désorganisées à l'occasion de la Guerra du Paraguay : Le gouvernement de province recruta de force les capoeiras", ce qui est confirmé en 1916, dans les écrits de Manuel Raimundo Querino, le premier historien noir du brésil :"à l'occasion de la guerre avec le Paraguay, le gouvernement d'alors, fit envoyer bon nombre de capoeiristes, beaucoup y allèrent libres, de leur propre volonté, mais beaucoup plus y furent forcés et contraints. Les efforts de ces défenseurs de la patrie sur le théâtre de la lutte ne furent pas infructueux, principalement durant les assauts à la baïonnette. Et la preuve de cette affirmation est dans le brillant fait d'armes pratiqué par les compagnies de Zuavos Bahianos, dans l'assaut du fort de Curuzú, qui mit en déroute les paraguayens, et où courageusement ils gardèrent le pavillon national".

Le courage des capoeiras de l'époque est aussi évoqué par Carlos Eugênio Líbano Soares, qui écrit:

"Quand la Guerre du Paraguay a éclaté la Marine de Guerre du Brésil a eu la difficile mission d'ouvrir le chemin par les fleuves du Paraguay dans la direction d'Assunción, la capitale, suivie par l'armée. Beaucoup de combats se succédèrent, qui étaient spécialement violents quand un navire en abordait un autre. Combien de fois la capoeira n'a-t-elle pas sauvé la vie des marins de l'empire lors des durs combats fluviaux ?"

Les capoeiristes, véritables historiens, gardent en mémoire ces événements dans l'une des chansons les plus connues du domaine public qui évoque le fleuve Paraná.

Dont le refrain est « Paraná ê, Paraná ê Paraná … ».

4.    L’abolition de l’esclavage

Une loi de 1871 «loi du ventre libre» qui octroie la liberté d'office à tous les enfants à naître.

En 1875, le Brésil compte 60% de sa population de noirs, la capoeira est donc présente dans toutes les grandes villes.

En 1884 enfin, plusieurs provinces du Brésil déclarent leur intention de ne plus importer d'esclaves, autrement dit d'appliquer les engagements internationaux déjà vieux de plus de 70 ans !

Nouveau pas avec la loi du 28 septembre 1885 qui déclare libres les esclaves de plus de 60 ans.

Enfin, en 1887, l'Église catholique se déclare publiquement désireuse d'en finir avec l'esclavage.

1888 : Signature du décret de l'abolition de l'esclavage par la Princesse Isabelle.

Pendant un voyage de l’empereur en Europe, la princesse Isabelle, qui assurait la régence, promulgue la loi d’abolition de l’esclavage connue sous le nom de Loi Aurea.


Texte de la loi Auréa signé par la Princesse Isabelle

Le processus de l'abolition de l'esclavage a été très long et il aura fallu plus de 280 ans avant que ce commerce très lucratif pour certains soit abolit.

Le Brésil est le dernier pays à avoir abolit l'esclavage grâce à la "loi d'or" et La Princesse Isabel.

Deux ans après l'abolition de l'esclavage, la plupart des documents furent brûlés par le ministre Ruy Barbosa, qui croyait ainsi pouvoir effacer "une tâche noire dans l'histoire du pays". Les sources d'une étude sur les origines des anciens esclaves et même sur le nombre exact d'Africains amenés au Brésil sont donc perdues.

En 1888 l’esclavage fut abolit et beaucoup d’esclaves furent laissés dans les rues sans emplois et la capoeira fut un des moyens utilisés pour leur survie.

5.    Les conséquences de l’abolition de l’esclavage sur la capoeira

Il s’ensuivit un chaos économique car les propriétaires fonciers n’étaient pas prêts à remplacer la main-d’œuvre esclave par des ouvriers libres.
Après l'abolition de l'esclavage, des milliers de gens se sont retrouvés libres, livrés à eux-même, sans logement, sans nourriture, sans emploi et donc sans argent, dans la misère et la pauvreté. Pour survivre, des milices criminelles appelées "maltas", composées de capoeiristes, vont se former et répandre la violence. Ils pillaient et agressaient les plus riches en utilisant la capoeira. Pourchassés par la police, ils risquaient plus de 300 coups de fouets, la section des tendons, la prison, la mort ou l'exil. C'est à cette période que surgirent des figures légendaires, les "jogadores" (joueurs de capoeira) terribles, lutteurs très dangereux comme Besouro Manganga, Nascimento Grande, Manduca da Praja, chantés encore aujourd'hui dans les rondes de capoeira. C'est à cette époque aussi que les capoeiristes vont se donner des surnoms afin de ne pas être pris par la police.
(Il faut aussi souligner, que les autres manifestations de l'identité afro-brésilienne, Candomblé, Samba, Afoxé, etc… étaient interdites à l'époque.).

Jusqu’à là alors la loi punissait par une peine qui variait de 300 coups de fouets (avec un achibata) avec du sel et de la cachaca (fort alcool brésilien) plus l’aller pour les cachots des prisons à qui serait pris dans la capoeira.

6.    Endurcissement de l’interdiction de la capoeira

Le 15 novembre 1889, l'Empire du Brésil est renversé par un coup d'Etat militaire. C'est alors que la capoeira est énergiquement combattue, puis elle est interdite par un décret: le décret 847 du 11 octobre 1890.

Le code pénal de 1890 crée durant le règne du Maréchal Deodoro de Fonseca interdit la pratique de la capoeira dans tout le territoire national et est renforcé par des décrets qui imputent des peines sévères aux capoeiristes.

Ce code ne fit qu’augmenter la haine, les persécutions des chefs de la police qui tentaient à tout prix de faire valoir la loi contre les capoeiristes. Le motif de tant de persécutions était que la capoeira apporte dans toute son essence, la liberté.

(Decreto número 847, de 11 de outubro de 1890)
Capítulo XIII -- Dos vadios e capoeiras

Art. 402
. Fazer nas ruas e praças públicas exercício de agilidade e destreza corporal
conhecida pela denominação Capoeiragem: andar em carreiras, com armas ou instrumentos
capazes de produzir lesão corporal, provocando tumulto ou desordens, ameaçando pessoa
certa ou incerta, ou incutindo temor de algum mal;
Pena -- de prisão celular por dois a seis meses.
A penalidade é a do art. 96.
Parágrafo único. É considerada circunstância agravante pertencer o capoeira a alguma
banda ou malta. Aos chefes ou cabeças, se imporá a pena em dôbro.
**Art.402“Faire dans les rues et les places publiques des exercices d’agilité et de dextérité corporelle connues sous la dénomination de capoeiragem: marcher rapidement, avec des armes ou des instruments capables des lésions corporelles provoquant des tumultes ou du désordre, menaçant des personnes définies ou non, ou inculquant quelque mal que ce soit.

Peine- - celluleune "Malta". Aux chefs ou têtes dirigeantes de ces groupes la peine imposée se voit doublée.

Art. 403. No caso de reincidência será aplicada ao capoeira, no grau máximo, a pena do
art. 400.
Parágrafo único. Se fôr estrangeiro, será deportado depois de cumprida a pena.
**Art. 403 - En cas de récidive, sera appliquée au capoeiriste, comme peine maximale, la sentence de l'article 400 (réclusion pour 3 ans, dans les Colônias Penais e Presídios Militares situées à la frontière). Dans le cas où la personne est étrangère elle sera déportée après avoir accompli la peine.

Art. 404. Se nesses exercícios de capoeiragem perpetrar homicídio, praticar alguma
lesão corporal, ultrajar o pudor público e particular, perturbar a ordem, a tranqüilidade ou
segurança pública ou for encontrado com armas, incorrerá cumulativamente nas penas
cominadas para tais crimes.Código Penal da República dos Estados

**Art. 404 - Si durant la pratique de la capoeira, il s'y commet un homicide, s'il y a : blessure corporelle; outrage au pouvoir public ou d'un particulier; perturbation de l'ordre, de la tranquillité et de la sécurité publique; ou sont retrouvées des armes, les peines encourues seront celles prévues par la loi pour de tels crimes.

 

Ce décret fut appliqué avec vigueur et zèle. Au début du mandat du gouvernement provisoire, la répression atteignit son apogée, un grand nombre de personnes furent poursuivies par les chefs de police, mises en prison et déportées à Fernando de Noronha, île située à 550 km des côtes brésiliennes où il y avait une prison de travail forcé. À partir de là, la disparition des pratiquants de l'art fut graduelle et semblait irréversible.

A Rio de Janeiro, la répression envers la capoeira est la plus forte du pays, Sampaio Ferraz, chef de la police, entre littéralement en guerre contre les capoeiras. Il réussira presque à éliminer entièrement la Capoeira dans la ville.
A l'inverse, les groupe de maltas se développent de plus en plus, la Capoeira prend une forme encore plus combative et plus violente, les rituels, la musique, le jeu est mit de coté afin d'en faire une véritable arme de combat et de « malendros » (bandit). A cette époque, on assimilera d'ailleurs facilement tout malendro à capoeira... pratiquant ou non.



Illustration 8 : Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les Nagoas et les Guaiamus,

deux groupes de Maltas rivaux se partage la ville de Rio de Janeiro

Au temps de la République, lorsque la capoeira fut interdite, elle se transforma en crime et le crime généra la violence.

A cette époque les capoeiristes étaient considérés comme marginaux et pour donner continuité à la pratique interdite, ils se cachèrent dans les barracao (entrepôts) des compagnies portuaires des villes de Rio de Janeiro, Recife et Salvador.

Les capoeiras, comme ils étaient appelés, s’organisaient en bandes appelées « maltas ». Les maltas de capoeira sortaient pour affronter des rivaux dans les fêtes et les dates commémoratives. Ces attaques étaient dirigées contre les bandes militaires et les processions religieuses mélangeant ainsi l’amusement et la violence. Ceux qui étaient les plus dangereux ne s’exposaient pas tant, mais étaient de bons lutteurs d’arme : faca (couteau), porrete (sorte de matraque) et navalha (lame de rasoir). A propos, la lame de rasoir était l’une des armes les plus utilisées par ceux qui n’avaient pas les moyens de posséder une arme à feu. Ces lames étaient constamment volées chez les barbiers pour être utilisées comme arme de lutte. Les capoeiristes les positionnaient entre leurs orteils et s’en servait comme arme redoutable. Dans les rues il était commun de rencontrer des capoeiristes portant des foulards, justement en prévision d’un combat ou agression.

A cette époque, le système des partis politiques était agité par la corruption et la capoeira fut un outil de travail idéal pour leurs affaires, en plus d’être considérée comme pratique criminelle. Les capoeiras créaient de vrais désordres, se tournant en une arme de valeur entre les partis rivaux pour que l’on puisse détruire le camp de l’autre. Pour cela un parti employait deux maltas rivales sans que l’une ne soit au courant de l’emploi de l’autre afin que lorsqu’elles se rencontrent dans un parti opposé. Les politiciens utilisent les bandes de capoeiras pour "convaincre" et intimider les électeurs et pour créer le désordre dans les rassemblements de leur adversaires.

La confusion était arrangée,  la police était alors obligée d’intervenir et la fête prenait alors fin. Deux des « gangs » les plus violents de Rio de Janeiro, à cette époque, étaient ceux des Guaiamuns  et des Nagoas, de vraies forteresses en matière de bagarre de rue et désordre publique. Le gang des Nagoas servit le parti conservateur et celui des Guaiamuns le partit Libéral, étant ces deux derniers les plus grands et plus puissants partis politiques de l’époque.

Les gangs de Recife ne furent éteints qu’en 1912 par pur manque de grâce et par la violence. Des centaines de personnes sont envoyées au bagne.

Ce fut à partir de cette date que la capoeira pu enfin être considérée comme un jeu et donna naissance au frevo (danse populaire brésilienne).

En outre à Bahia, et notamment à Salvador, la plus grande ville du Nordeste brésilien, les Afro-brésiliens n'ont pas été noyés dans la masse des immigrés d'Europe, la négritude et la culture noire reste encore très forte, la répression fut moins importante que dans la capitale ou les autres grandes villes comme Récif. Là, la samba, le candomblé...et la Capoeira survivent, se développent et se pratiquent plus librement. C'est là que se trouve la plus grande concentration de capoeiras du Brésil à la fin du XIXe siècle.

La capoeira survit donc plus ou moins cachée jusqu'en 1937.

7.    Structuration de la Capoeira

En parallèle à ces pratiques violentes une capoeira qui développe alors des particularités artistiques est développée pour tenter de déroger les interdictions. On voit apparaitre de plus en plus dans la capoeira des mouvements acrobatiques.

Dans les années 1930 Getulio Vargas prend le pouvoir, prenant alors la place du président Washington Luis et permit la pratique (surveillée) de la capoeira uniquement dans des endroits clos et avec une surveillance policière.

N’étant plus une pratique dangereuse les capoeiras infestaient les rues et les places des villes avec leurs rodas de capoeira. La capoeira était partie intégrante et obligatoire de toutes les fêtes populaires. Mais c’est une capoeira festive et surveillée par la police.

La première académie qui enseigna la capoeira d’une manière formelle fut ouverte par son fondateur Manuel do Reis Machado autrement appelé Mestre Bimba en 1932.

Il s’inspira de diverses luttes pour créer un nouveau style de capoeira la capoeira Regional. Bimba se différencia beaucoup de la capoeira traditionnelle.

Sa lutte, capoeira régional, fut inspirée de la capoeira traditionnelle mais également de la Batuque, lutte pratiquée à Bahia et dont son père était champion, il joint également des techniques de la savate pour compléter la technique de sa lutte.

L’originalité de maître Bimba fut d’institutionnaliser la méthode d’enseignement de la capoeira et en sélectionnant ses élèves. Les élèves étaient amenés bien souvent par d’autres connaissances. Dans une salle du côté de l’académie le maître faisait alors passé un test à ce nouvel arrivant. Il lui était demandé d’effectuer le pont, la « queda de rin » (mouvement amortit sur les bras) et d’autres mouvements basiques. Ce n’est que si ce test est réalisé avec succès que l’élève pourra recevoir l’enseignement du maître.

Mestre Bimba va au devant des grandes enseignes pour enseigner. Jusque là rares étaient les blancs qui pratiquaient la capoeira. C’est dans les universités qu’il choisit de donner cours. Les noirs à l’université étaient la chose la plus rare que l’on pouvait voir. De ce choix son issus e grand maîtres de capoeira d’un poids prépondérant dans la société d’aujourd’hui, docteurs, historiens, philosophes, gouverneurs, politiciens... qui défendent la pratique et la valorisation de la capoeira aujourd’hui à travers le monde.

L’autre grand maître représentant l’autre mouvement de capoeira fut maître Pastinha.

Peu de temps après en effet, Vicente Ferreira Pastinha, ouvrit son académie, utilisant ouvertement le mot capoeira, revendiquant une Capoeira "pour l'homme, l'enfant et la femme", cherchant à maintenir les valeurs de dissimulation, de ruse et de tradition, et non pas une capoeira accessible uniquement aux athlètes les plus entraînés. Mestre Pastinha développa avec ses disciplines le style de Capoeira Angola, qui attache, outre les valeurs déjà citées, une grande importance aux « traditions venues d’Afrique ».

Aujourd’hui nous rencontrons deux grands courants de capoeira issus de cette scission, la capoeira Régionale crée par maître Bimba et la capoeira Angola dont le plus grand représentant se trouve être maître Pastinha.

 
   
 
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